1- Nous avons tout d’abord testé une technique nous permettant en principe de gagner du temps sans avoir à copier/coller tout le texte des articles en demandant Peux-tu traduire en français l’article disponible à cette adresse www…. ? Problème : à plusieurs reprises, ChatGPT est allé chercher un autre article du site et non celui demandé.
2- Nous avons ensuite testé une approche simple en langage naturel en leur demandant Peux-tu traduire en français cet article puis en copiant-collant le texte intégral des articles dans ChatGPT et Perplexity.
ChatGPT ne traduit pas (ou plutôt plus depuis qu’il limite la taille des contenus) littéralement, mais il fait un résumé dans la langue de son choix. On sort donc de l’exercice pur de la traduction. De plus, il décide parfois de faire des interprétations qui s’avèrent complètement fausses. À titre d’exemple quand nous lui avons demandé de traduire en anglais un article de BASES sur le sourcing, ChatGPT a décidé de prendre en compte la définition de « sourcing » au sens RH (identification de profils de candidats) et a donc résumé et réécrit l’article dans une perspective RH, ce qui n’avait plus rien à voir avec l’article initial…
3- Nous avons ensuite interrogé ChatGPT avec des prompts plus sophistiqués en lui demandant en anglais (puisque c’est quand même la langue sur laquelle il a été le plus entraîné) : I want you to act as an English/french translator only. I don’t want any summary or rephrasing. Can you translate this entire article in French. Et cette fois-ci, ChatGPT ne se lançait pas dans du résumé mais bien de la traduction. Seul problème : il y a une limite de taille dans la version gratuite et ChatGPT ne fournit pas des réponses de plus de 3000 caractères, ce qui est trop peu pour des articles de presse. On peut cependant le laisser traduire le début de l’article et, quand il s’arrête, lui demander continue pour traduire la suite de l’article. Cependant, il a tendance à invoquer un problème technique quand on lui demande de continuer la traduction à plusieurs reprises.
La question des prompts et de la manière d’interroger ChatGPT est une question centrale et cruciale que nous aborderons plus en détails dans un prochain numéro de NETSOURCES.
4- Nous avons également eu un échange étonnant avec ChatGPT il y a quelques semaines : lorsque nous lui avons demandé de traduire un contenu, il nous a expliqué qu’il avait mieux à faire et qu’il préférait s’atteler à des tâches à plus haute valeur ajoutée…
Perplexity résume aussi dans la langue de son choix plus qu’il ne traduit, mais il prend fort heureusement moins d’initiatives que ChatGPT. Son plus gros défaut : les requêtes sont limitées à 2048 caractères, ce qui est beaucoup trop restrictif pour lui donner tout un article de presse.
5- Nous avons également testé la traduction dans des outils qui intègrent ChatGPT comme Bing ou l’extension Rio qui permet d’intégrer ChatGPT à Google, mais le résultat n’est pas meilleur. Bing nous recommande d’utiliser Google Translate (alors que Microsoft a elle-même un outil de traduction appelé Microsoft Translate) et Rio nous résume puis traduit avec en plus quelques erreurs d’interprétation.
En résumé, même si cela peut-être tentant sur le papier, l’IA conversationnelle n’est pas encore apte à remplacer les traducteurs en ligne comme DeepL ou Google Translate. Elle excelle parfois dans les traductions, mais elle est aussi capable du pire avec des contresens et interprétations douteuses.
Astuces pour un gain de temps
Si les traducteurs en ligne fonctionnent à tous les coups quand il s’agit de traduire des contenus, il est parfois préférable d’utiliser d’autres outils ou fonctionnalités pour gagner en efficacité. C’est par exemple le cas quand on souhaite traduire un page web, un document, une vidéo, un podcast, etc. Nous avons listé les différents cas de figure et les méthodes et outils les plus appropriés pour gagner du temps au niveau de la traduction tout en gardant une bonne qualité de traduction.
Comment traduire une page web ?
Quand on se trouve sur une page Web dans une langue étrangère, il existe des moyens intégrés au navigateur pour traduire le contenu en un clic tout en conservant la mise en page initiale. C’est de loin la solution la plus simple et la plus rapide :
● Sur Chrome, avec la fonctionnalité intégrée au navigateur utilisant Google Translate. Elle s’active dès qu’on se trouve sur une page dans une langue différente de celle choisie pour l’interface.
● Firefox propose également une solution avec une extension à installer, Firefox Translations (lancée en juin 2022). Seul problème, la traduction n’est pas instantanée et prend parfois un peu de temps avant d’apparaître.
● Brave propose quant à lui une fonctionnalité préintégrée et disponible directement dans la barre d’URL appelée « Brave Traduction ».
● Idem pour Edge qui n’indique pas quel traducteur il utilise, mais la logique voudrait qu’il s’agisse de Microsoft Translator.
Comment traduire un fichier ?
Quand l’information de la veille se trouve dans un fichier PDF, Word ou encore PowerPoint, les interfaces classiques des traducteurs en ligne ne sont pas nécessairement les plus appropriés en raison de la limite du nombre de caractères à traduire et de la perte de la mise en forme que cela induit.
- Google Translate propose la traduction de fichiers DOCX, PDF, PPTX, XLSX dans la limite de 10 Mb par fichier et 300 pages maximum. Pour l’utiliser, il faut avoir le fichier sur son ordinateur puis le charger dans Google Translate dans l’onglet « Documents ». On récupère alors le fichier dans le même format, intégralement traduit dans la langue de son choix.
- DeepL propose également une option traduction de fichier dans son service en ligne pour les PDF, DOCX et PPTX. Nous avons testé sur des PDF et le résultat est visuellement meilleur sur Deepl que sur Google Translate. Mais dans la version gratuite, on ne peut faire traduire que trois documents par mois.
Il existe de nombreux petits outils gratuits qui proposent la même chose, mais ils ont recours à Google Translate et n’ont donc aucune valeur ajoutée par rapport à l’utilisation directe de Google Translate.
- Pour des documents Word, il est intéressant de savoir qu’il existe un système de traduction automatique intégré à Word que l’on peut trouver dans l’onglet « Révision » puis « Langue » puis « Traduire le document ». La fonctionnalité est opérée par Microsoft Translator qui est de qualité correcte. Il existe également une fonctionnalité de traduction intégrée dans PowerPoint, mais elle nécessite de faire la traduction slide par slide et de surligner le texte que l’on souhaite traduire puis de choisir « Insérer » pour l’intégrer dans les slides, ce qui prend plus de temps que dans Word.
Comment traduire les contenus des réseaux sociaux ?
Les fonctionnalités intégrées aux navigateurs comme Chrome, Brave ou encore Edge ne fonctionnent pas pour traduire des contenus en provenance des réseaux sociaux. Il n’y a que sur Firefox que cela fonctionne, car il s’agit d’un plug-in à installer soi-même.
- Seule solution, utiliser les fonctionnalités de traduction proposées directement dans les réseaux sociaux qui proposent généralement sous chaque post/tweet/message un bouton « traduire ». Twitter, LinkedIn et Facebook le proposent automatiquement.
Dernier en date à avoir rajouté cette fonctionnalité début 2023 : Telegram.
Comment traduire le contenu textuel d’une image
Quand le contenu textuel à traduire se trouve au sein d’une image (dans le cas d’un document/article pris en photo par exemple), les solutions de traduction traditionnelles ne vont pas vraiment être adaptées.
- La solution la plus simple aujourd’hui consiste à passer par Google Traduction qui a récemment ajouté la possibilité de traduire automatiquement des images tout en conservant la mise en forme. On y charge l’image puis Google traduit le texte de l’image et de le remettre dans l’image. Simple et très efficace.
- Autre solution quand l’image est en ligne et qu’on se trouve sur Chrome : faire un clic droit sur l’image, choisir «
Rechercher l’image avec Google» puis choisir l’onglet «Traduction». Le résultat est sensiblement le même que précédemment.
Il existe également quelques autres méthodes et outils permettant de traduire des images que l’on retrouvera à cette adresse : https://www.ilovefreesoftware.com/13/featured/free-image-translators-online-to-translate-text-inside-photos.html. Mais elles s’avèrent moins performantes et fiables.
Comment traduire une vidéo ou un podcast ?
Traduire une vidéo n’est pas encore une démarche si simple que cela.
- Si la vidéo est sur YouTube, il faut partir des transcriptions générées automatiquement (elles n’existent malheureusement pas dans toutes les langues) ou proposées par le créateur de la vidéo (disponible en cliquant sur les «
…» en dessous de la vidéo puis en choisissant «Afficher la Transcription». Il faudra ensuite copier/coller la transcription pour aller la traduire dans le traducteur en ligne de son choix.
Quand la vidéo se trouve ailleurs ou dans une langue non supportée par YouTube, il faut passer au plan B que nous avions expliqué dans plusieurs articles comme « Nous avons testé Azure Vidéo Indexer, un outil puissant pour les transcriptions automatiques de vidéos et podcasts » (BASES n° 403 - mai 2022)ou « Comment intégrer les podcasts à ses livrables de veille ? » (BASES n° 410 - janvier 2023).
Nous avons également demandé à ChatGPT de nous fournir les transcriptions de vidéos, mais la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. Quand on lui fournit l’URL de la vidéo, il a tendance à fournir la transcription d’une vidéo qui n’a rien à voir avec celle que nous avions demandée. Quand on lui donne le titre exact de la vidéo, il trouve cette fois-ci la bonne, mais encore une fois, il ne s’agit pas d’une transcription intégrale, mais plutôt d’un résumé.
Comment traduire une newsletter ?
Quand parmi les sources de sa veille se trouvent des newsletters qui arrivent dans sa boîte mail, il peut être aussi utile de pouvoir traduire rapidement le contenu.
- Outlook propose par exemple une fonctionnalité intégrée dans chaque message avec l’option « Traduire le message en… » utilisant très probablement Microsoft Translator. Gmail propose aussi une fonction « Traduire le message », en ayant sûrement recours à Google Translate. Pour les autres messageries, il faut vérifier au cas par cas.
Comment traduire un flux RSS ?
Dernier besoin et pas des moins utiles, la traduction de flux RSS. Lors de la phase de sourcing, on peut identifier des sources dans des langues que l’on ne maîtrise et vouloir ajouter leur flux RSS dans ses outils de veille. Comment faire pour évaluer rapidement le contenu des actualités du flux RSS sans avoir à ouvrir chaque item et le faire traduire ?
- L’une des méthodes qui existe depuis longtemps, mais fonctionne toujours bien consiste à utiliser Zapier et l’intégration suivante : https://zapier.com/apps/rss/integrations/rss/11886/translate-new-rss-feed-items-and-post-them-to-custom-rss-feeds.
Le principe est très simple, on entre le flux RSS source, on indique la langue source et la langue de sortie souhaitée et Zapier crée un nouveau flux RSS traduit. On copiera l’URL de ce nouveau flux RSS dans le lecteur RSS de son choix.
Conseil pour la traduction dans certaines langues : l’anglais, un passage obligé ?
Il ne faut pas oublier que la majorité des outils de traduction et des outils à base d’IA sont en général développés et entraînés dans les premiers temps sur des corpus en anglais. L’anglais est donc le pilier central de nombreux outils et services Web.
Dans le cas de certaines langues, on constate que la traduction vers le français n’est pas toujours une grande réussite. On a alors intérêt à passer par l’anglais via une étape intermédiaire, car l’outil a été mieux entraîné à traduire vers l’anglais. On pourra ensuite retraduire le résultat en français et la qualité sera bien meilleure et certains contresens et approximations auront pu être évités.
Notre conseil
Lors de la phase de collecte et d’analyse de la veille, il n’est pas utile d’obtenir une traduction absolument parfaite, mais seulement de pouvoir comprendre des contenus tout en évitant les contresens et mauvaises interprétations. Aujourd’hui, les traducteurs en ligne et leurs produits/fonctionnalités dérivés comme DeepL ou Google Translate répondent bien à ce besoin. On conseillera donc l’usage de ces outils tout en adaptant sa méthode en fonction du format de l’information pour gagner en efficacité.
L’IA conversationnelle, de son côté, va s’améliorer, mais il n’est pas certain que ce soit réellement sur ce créneau de traduction pure qu’elle vienne se positionner, mais plutôt à l’étape suivante de la création de livrables multilingues. Nous le verrons dans l'article "Comment l'IA enrichit les livrables multilingues?".
Zoom sur les outils de veille professionnels
La majorité des outils intègrent aujourd’hui des solutions de traduction automatique permettant aux utilisateurs de pouvoir comprendre, évaluer et analyser des contenus dans différentes langues. Mais tous n'ont pas avancé à la même vitesse.
- Du côté des agrégateurs de presse, il y a eu finalement peu d’évolutions au cours des dernières années. Factiva propose au sein de chaque article une option de traduction automatique fournie par Google Translate (il y a quelques années Factiva passait par un autre outil, Language Weaver). En revanche, il n’existe pas de solution de traduction des résultats, ce qui oblige à ouvrir chaque résultat et à le traduire pour vérifier la pertinence de l’information. Du côté de LexisNexis Newsdesk, il n’y a pas de solution de traduction intégrée. Il faut donc aller soi-même copier-coller les contenus dans des traducteurs en ligne pour en évaluer la pertinence. À l’inverse, il y a une fonctionnalité de traduction intégrée dans Nexis faisant appel à Google Translate qui permet de traduire la liste de résultats ainsi que les articles eux-mêmes.
- Les plateformes de veille intègrent pour la plupart des solutions de traduction automatique à partir de partenariats et d’intégration de solutions du marché comme Google Translate ou DeepL. Dans l’étude du site plateformes-de-veille.org de 2021, la majorité des plateformes proposaient de la traduction automatique pour de nombreuses langues (certains outils le proposent cependant en option et certains avaient plus de langues que d’autres, c’est donc un critère à prendre en compte).
- Du côté des lecteurs RSS, le constat est variable. Feedly n'offre aucune fonctionnalité de traduction automatique. Alors qu’Inoreader a intégré une solution de traduction automatique des articles dans sa version « Professional » depuis déjà plusieurs années. Comme pour les agrégateurs de presse, la traduction se passe au niveau des articles, mais pas de la liste de résultats.
Il est toujours plus simple et efficace de passer par les solutions de traduction de son outil de veille. Mais dans le cas où ces outils n’en proposent pas ou se limitent à quelques langues, on pourra utiliser toutes les solutions, méthodes et outils proposés dans cet article.