Test complet de ChatGPT Agent : que vaut-il pour la veille, l'analyse concurrentielle et l'audit SEO ?

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2025.08
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Test complet de ChatGPT Agent : que vaut-il pour la veille, ... Image 1
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ChatGPT Agent promet de révolutionner l'automatisation des tâches professionnelles. Recherche intelligente, navigation autonome, exécution complète de missions complexes : marketing ou réalité ? Nous avons testé l'outil en conditions réelles sur trois métiers critiques de l'information. Notre verdict sans concession.

Avec le lancement de sa nouvelle fonctionnalité Agent, OpenAI enrichit ChatGPT de nouvelles capacités. En plus des échanges conversationnels, l’outil peut désormais exécuter des tâches complexes en combinant recherche avancée et actions autonomes dans un navigateur. C’est en tout cas la promesse : fusionner les capacités d’analyse de Deep Research et d’action d’Operator pour créer un assistant capable de prendre en charge une tâche de A à Z.

Pour évaluer les capacités réelles de cet agent dans un contexte professionnel, nous l’avons mis à l’épreuve à travers trois cas d’usage concrets : une analyse concurrentielle, un audit SEO et une étude de social listening.

I. Présentation de ChatGPT Agent

Annoncée le 17 juillet 2025, la fonctionnalité Agent de ChatGPT est disponible en France depuis le 8 août pour les abonnés aux forfaits Plus, Pro et Team. Elle est issue de la fusion de deux technologies qu’OpenAI développait en parallèle : d’une part, Deep Research, un système de recherche approfondie capable de parcourir des centaines de sources pour synthétiser des sujets complexes, et d’autre part, Operator, un agent capable de prendre le contrôle d’un navigateur web pour effectuer des actions comme cliquer sur des liens ou remplir des formulaires. En combinant les deux, ChatGPT Agent vise à permettre de déléguer à l’IA des activités plus complexes.

OpenAI n’est pas le premier acteur à proposer un tel agent. Des outils spécialisés comme Devin (pour le code informatique) ou Manus existaient déjà. Cependant, son intégration dans ChatGPT le met à la portée de millions d’utilisateurs, touchant potentiellement plus de 20 millions d’abonnés (estimation du nombre d’abonnés payants ChatGPT en avril 2025). Le quota mensuel dépend de l’abonnement : 40 messages pour le forfait Plus et 400 pour le forfait Pro.

Pour démarrer une tâche, il suffit de se rendre dans le menu « Outils » de ChatGPT et de sélectionner « Mode agent » ou de taper /agent dans la barre de discussion.

II. ChatGPT Agent à l’épreuve

Pour évaluer les capacités de ChatGPT Agent, nous lui avons confié trois tâches, en utilisant des prompts peu directifs afin de tester sa capacité d’initiative. De manière générale, l’idéal est de formuler un prompt de la même manière que l’on pourrait briefer un collaborateur.

Prompt n° 1 : Analyse concurrentielle

Pour cette première tâche, nous formulons la demande suivante à l’agent : « Réalise une analyse concurrentielle complète (offre, positionnement, prix, etc.) des cinq principaux concurrents de l’entreprise LexisNexis, en t’appuyant sur les informations disponibles sur le web et en citant tes sources. Génère ensuite un tableur et un PowerPoint (ou Google Slides) présentant de manière claire, précise et exhaustive les résultats de tes analyses. »

La première impression est celle d’une interface très soignée. Lorsque l’agent démarre, nous observons ChatGPT créer un « ordinateur virtuel » juste pour effectuer la tâche demandée. Après quelques secondes, l’environnement de travail (un navigateur web dans le cloud) est prêt, et l’agent commence immédiatement à travailler. On observe alors toutes ses actions en temps réel, alternant entre « pensées », recherches web et, occasionnellement, l’utilisation du curseur pour interagir avec des sites web.

2.2.interface chatgpt agent

L’agent fait preuve de proactivité. Il identifie correctement les concurrents en consultant d’abord le site Gartner, puis consulte les sites officiels de chacun des cinq acteurs identifiés. En 20 minutes, il effectue 19 recherches et consulte 163 sources au total. Le nombre de « recherches » correspond aux requêtes lancées par l’agent sur un moteur de recherche, tandis que le nombre de « sources » correspond au total des pages web visitées. Nous observons ainsi l’agent démultiplier les recherches et consulter en détail de nombreuses pages web. Après avoir récupéré les informations nécessaires, l’agent commence à écrire du code informatique pour générer les livrables. Celui-ci prend même l’initiative de générer une image de couverture originale pour illustrer la présentation PowerPoint.

Un aspect particulièrement notable du mode Agent est sa capacité à réévaluer ses actions de manière dynamique. Lorsque l’agent se retrouve bloqué, il change son approche et, en présence de nouvelles informations, adapte son plan.

Cette capacité d’adaptation est visible lors de la création des livrables également : après avoir généré une première version de la présentation avec une mise en forme médiocre, l’agent analyse le résultat, puis modifie son propre code pour produire un document présentable.

Cependant, l’analyse des livrables montre un bilan en demi-teinte. Le tableur Excel, bien que rempli, est inexploitable : il contient des paragraphes de texte brut insérés dans les cellules et est rédigé en anglais, alors que le prompt était en français. La présentation PowerPoint est visuellement sobre et efficace, mais l’analyse reste superficielle, avec un graphique aux données partielles. Nous identifions également au moins une erreur factuelle sur un prix.

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Paradoxalement, la synthèse textuelle fournie par l’agent dans la fenêtre de chat est bien plus détaillée et qualitative que les livrables finaux.

Pour maximiser la qualité du livrable final, il aurait été judicieux de ne demander que la création d’un seul document pour permettre à l’agent de concentrer ses capacités de calcul sur cette tâche.

Prompt n° 2 : Audit SEO

Nous testons ensuite l’agent sur une tâche de collecte de données SEO : « Effectue un audit SEO complet du site franceculture.fr ; pour cela, tu peux t’appuyer sur des outils tels que Semrush, SpyFu, PageSpeed Insights, ou tout autre outil pertinent. Assemble ensuite un diaporama avec des graphiques et des recommandations concrètes. »

L’agent rencontre des difficultés pour accéder aux sites SEO mentionnés dans le prompt (Semrush, SpyFu, etc.). Il fait cependant preuve d’initiative et contourne le problème en trouvant les informations SEO recherchées via le site mustat.com, respectant ainsi la consigne avec une approche créative. Notons d’ailleurs que l’agent consulte le fichier robots.txt de France Culture pour vérifier les règles d’indexation du site avant de tenter d’en extraire le contenu. Ceci explique probablement pourquoi l’agent n’insiste pas sur certaines sources qui en interdisent l’accès.

 2.4.robot.txt

Après 15 minutes, l’agent a effectué 20 recherches, couvrant 144 sources. Il démontre, ici aussi, sa capacité à changer de stratégie en cours de route. Néanmoins, cette flexibilité peut s’avérer problématique. En effet, après avoir constaté ses échecs d’accès aux outils, l’agent déclare : « Je vais ajuster l’approche… en utilisant mes connaissances générales ». Cette initiative, bien que souhaitable dans certains cas, l’expose à un risque accru d’erreurs factuelles ou d’hallucinations. On retient de ce test l’importance de vérifier en amont l’accessibilité des sources fournies à l’agent, au risque d’obtenir des informations issues de sources alternatives ou, pire, inventées.

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Prompt n° 3 : Social listening

Enfin, nous avons testé la capacité de ChatGPT Agent à accéder aux plateformes de réseaux sociaux avec ce prompt : « Mène une étude d’écoute sociale (“social listening”) exclusivement sur les réseaux sociaux (X, Facebook, Instagram, LinkedIn, Reddit, Bluesky, etc.), afin d’analyser les conversations, d’en extraire des citations et d’évaluer le sentiment suscité par l’annonce du dernier modèle d’OpenAI, GPT-5. Présente tes résultats sous forme de graphiques et d’un tableau récapitulatif, en ajoutant explicitement les sources sous forme de liens hypertexte. »

En parcourant le détail des actions de l’agent, il apparaît qu’il ne parvient pas à se connecter à la majorité des plateformes de réseaux sociaux, qui se trouvent derrière des pages de connexion. Bien qu’il ait consulté 124 sources, il n’a réussi à accéder qu’à Reddit. L’agent adapte alors sa stratégie en analysant des articles de presse et des billets de blog qui rapportent les réactions sur les réseaux sociaux. Il l’admet d’ailleurs dans sa réponse : « peu de contenus étaient accessibles sans connexion, mais plusieurs articles rapportent des posts viraux où les utilisateurs déplorent la froideur de GPT5 ».

Les résultats fournis par l’agent semblent corrects, mais on regrette l’absence des sources directes, ce qui rend leur vérification difficile. Bien que principalement basé sur des articles de presse, le résultat fait bien ressortir les principales réactions à l’annonce de GPT-5, et tente même de réaliser une analyse du sentiment par plateforme.

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III. Capacités, limites et positionnement

Les résultats de ces trois tests donnent un aperçu des capacités actuelles du mode Agent de ChatGPT. L’outil est efficace pour le traitement d’informations librement accessibles sur le web. Sa capacité à scanner des centaines de sources, à établir un plan d’action et à générer des ébauches de livrables en une quinzaine de minutes peut représenter un gain de temps significatif pour certaines tâches. On observe aussi les prémices d’une capacité à orienter les recherches de manière dynamique. L’interface est intuitive, mais la rapidité de l’agent empêche une réelle collaboration pendant la tâche. Elle sert donc principalement de journal d’audit, essentiel pour vérifier a posteriori les actions effectuées et les sources consultées par l’agent.

Le mode Canvas n’étant pas compatible avec ChatGPT Agent, il n’est pas possible de collaborer en temps réel sur un même document avec l’agent. Il est toutefois possible d’interrompre l’agent en cours de travail pour lui fournir des précisions ou informations complémentaires, mais cela décompte un crédit à chaque nouvelle instruction.

Le mode Agent ne se limite pas aux seules tâches ponctuelles. Il est possible de planifier n’importe quelle tâche récurrente (une veille automatisée, par exemple). Pour cela, après l’exécution d’une tâche par l’Agent, sélectionnez « Plus d’actions » (points de suspension), puis cliquez sur « Planification ». Cela vous permet de programmer la fréquence à laquelle l’agent effectuera cette tâche (quotidienne, hebdomadaire, mensuelle).

Toutefois, son autonomie reste limitée par les frictions du web moderne : paywalls, CAPTCHA, et protections anti-bots empêchent souvent l’agent d’accéder à l’information. On observe, par ailleurs, une levée de boucliers de nombreux sites web pour limiter au maximum l’accès à ces agents IA, avec des moyens sophistiqués comme la protection proposée par Cloudflare1.

Pour permettre l’accès à des sites nécessitant une connexion, l’agent a la capacité de demander à l’utilisateur de prendre la main et de saisir ses identifiants. Cela appelle toutefois à une grande vigilance, car une connexion à un compte professionnel ou personnel dans un environnement virtuel hébergé par OpenAI pourrait poser d’évidentes questions de sécurité. Notons également qu’OpenAI propose déjà des connecteurs à des services comme Gmail ou Google Drive, à manipuler avec précaution.

2.7.connecteurs

Pour mieux situer la performance du mode Agent, nous l’avons confronté à la solution Manus. Les résultats révèlent deux approches distinctes. Manus présente un plan d’action clair et communique comme un chef de projet, mais sans révéler le détail de ses recherches. Le résultat est un PowerPoint au design très professionnel et au contenu dense. La présentation est générée au format HTML/CSS et peut être convertie en Google Slides ou PowerPoint, mais cette conversion entraîne souvent une modification de mise en forme qui doit être retravaillée manuellement.

Cependant, à l’analyse, le fond se révèle très pauvre : la liste de concurrents est en partie hors sujet et le contenu, bien que qualitatif à première vue, reste très générique et ne cite aucune source. Manus semble privilégier la production d’un livrable esthétique, au détriment de la pertinence de la recherche et de la transparence de ses actions.

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Notre avis

Nos tests montrent que ChatGPT Agent n’est pas, en l’état, suffisamment fiable pour effectuer des tâches complexes de bout en bout. Son utilisation, ne serait-ce que pour un « premier jet » de livrable (rapport, présentation, tableur) semble prématurée. Le risque d’erreurs factuelles et le manque de contrôle des sources, observés lors de nos tests, rendent ses productions trop peu fiables pour un usage professionnel direct.

Son utilité réside plutôt dans sa capacité à accélérer la phase de collecte d’information sur un périmètre bien défini. Pour un professionnel familier avec le sujet, il peut défricher un grand nombre de sources en quelques minutes, en complément d’un travail de recherche personnel. ChatGPT Agent, à l’heure actuelle, peut être vu comme une alternative à l’utilisation de la fonctionnalité Deep Research ou comme un outil complémentaire à un travail de recherche personnel, utile pour recouper des informations ou enrichir une veille classique.

ChatGPT Agent offre néanmoins un aperçu du futur de l’IA. Ses capacités à planifier, à itérer sur son propre code pour améliorer un résultat, ou à opérer un pivot stratégique face à un obstacle sont des signes prometteurs. On peut raisonnablement penser que ses performances s’amélioreront à mesure de l’intégration des nouveaux modèles, tel que GPT-5 Thinking. Pour l’heure, c’est un outil puissant, mais perfectible, dont l’efficacité réside dans la capacité de l’expert à le manier avec habileté.

Référence :

  1. www.technologyreview.com