La sous-représentation des publications africaines est liée à plusieurs facteurs indépendants de la qualité «intrinsèque et objective» des publications :
- Certains articles traitent de sujets d’intérêt très local et n’ont pas nécessairement leur place dans des plateformes à diffusion internationale ;
- Selon l’UNESCO , la part mondiale des dépenses de R&D a augmenté de 1,72 % à 1,95 % du PIB de 2015 à 2022, tandis que l’Afrique subsaharienne est restée à 0,38%. Ce faible investissement a pour conséquences des équipements de recherche limités, peu de tutorat, un accès réduit aux ressources électroniques et aux financements, notamment pour les APC (Article Processing Charges) que l’auteur ou son institution doit payer pour être publié dans des journaux en open access, sauf option diamant, où ni l’auteur ni le lecteur ne paye.
- Pour de nombreux chercheurs africains, l’anglais dominant dans les publications scientifiques n’est qu’une deuxième ou troisième langue. Les services d’editing sont souvent trop coûteux, ce qui limite leur accès aux revues internationales et les contraint à publier localement avec une faible visibilité.
- Dans un article publié dans GLOBAL AFRICA en juillet 2024, Toluwase ASUBIARO, docteur de l’Université Western Ontario et président d’AfricaRVI à Calgary, se spécialise dans la visibilité de la recherche africaine sur les bases de données mondiales et a publié plusieurs articles sur ce sujet. , souligne que les publications africaines et celles d’autres pays ont longtemps été négligées depuis les premiers travaux d’Eugène GARFIELD, l’inventeur du système d’évaluation des publications scientifiques par l’analyse des citations dont le lointain descendant est Web of Science.
- En 1963, 95 % des 613 revues du premier Science Citation Index étaient européennes ou américaines, illustrant un « impérialisme bibliométrique » (Csiszar, 2023). Ce phénomène a continué avec Web of Science : au lancement du Social Science Citation Index en 1973, aucune publication africaine n’était incluse parmi les 1 000 sélectionnées.
Enfin, rappelons que Web of Science et Scopus sélectionnent les revues selon leur citabilité par celles déjà indexées, ce qui complique l’indexation des publications de niche ou non-anglophones, notamment en Afrique subsaharienne. En 2023, hors Afrique du Sud, seules environ 60 des plus de 30 000 revues indexées dans Web of Science venaient de cette région. À noter que Scopus accompagne les publications souhaitant s’y faire référencer.
Panorama des ressources africaines
SABINET : un acteur clé en Afrique du Sud
Si Scopus et Web of Science répertorient peu de publications issues de l’Afrique subsaharienne, il existe une multitude de ressources africaines. SABINET est un acteur privé majeur en Afrique du Sud, avec un large éventail d’informations spécialisées.
SABINET se spécialise dans l’accès à la documentation académique africaine. L’entreprise propose divers services aux bibliothèques, mais nous nous concentrerons sur son offre d’information, en excluant celle relative au secteur juridique.
On notera que, s’il y a des documents en open access, la majorité ne l’est pas.
1. Sabinet African Journals est une plateforme donnant accès au texte intégral de plus de 680 revues africaines, principalement en SHS (60 % des titres), réparties en 10 collections thématiques. Par exemple, Science, Technologie Agriculture compte 123 publications (33 en open access) et Medicine and Health en propose 103 (29 en open access). La dixième collection, African Journal Archive, lancée en 1906 et sponsorisée par la Carnegie Corporation de New York, propose en open access 175 publications variées.
- Sabinet African Journals offre une recherche avancée expliquée dans un guide détaillé. Pour les revues payantes non incluses dans l’abonnement, l’accès à l’article coûte 30 $ pour 48 h ou 40 $ en achat définitif.
2. African Industry Reports propose plus de 1 000 rapports sur divers secteurs africains, dont 690 sur l’Afrique du Sud et 42 publiés en 2025. Des recherches avancées sont possibles et chaque rapport coûte 112 $.
3. African Commons, créé avec Coherent Digital et 676 organisations, rassemble des centaines de milliers de ressources sur la culture africaine, dont des magazines anciens, des films et des objets issus de plus de 4 500 collections.
Quinze recherches gratuites sont disponibles chaque mois ; au-delà, l’accès nécessite d’appartenir à l’une des 676 organisations partenaires, dont 49 françaises comme les Archives Nationales d’Outremer, l’Université d’Artois, la Bibliothèque Mazarine, la BNF ou le Cnam.
Signalons que la société Coherent Digital propose des sites analogues pour d’autres pays, par exemple le Canada ou l’Amérique latine
4. Policy Commons : Global Think Tanks, présenté sur https://sabinet.co.za/content/policy-commons, offre plus de 8,3 millions de pages de littérature grise sur la politique provenant de plus de 27 500 organisations, dont 586 françaises (think tanks, ONG, organisations politiques). Bien que certains documents portent sur l’Afrique, la couverture est principalement mondiale. L’accès inclut 15 recherches gratuites par mois.
5. Specialized reference database regroupe deux bases : South African Citations et SCAT Plus.
- South African Citations propose des références locales et internationales indexées par des entités sud-africaines dans divers domaines, dont certains fonds d’archives fermés. Seules les références accompagnées d’un abstract sont disponibles.
L’un des répertoires, l’ISAP (Index to South African Periodicals) regroupe plus de 555 000 documents, de novembre 1920 à mai 2025, couvrant différents domaines comme l’éducation, la forêt ou l’architecture.
L’accès est réservé aux abonnés. L’abonnement annuel pour une bibliothèque coûte 1 500 $.
- SCAT Plus est un catalogue regroupant plus de 380 000 publications issues de bibliothèques sud-africaines. L’accès aux références avec abstracts est réservé aux abonnés, et l’abonnement pour une bibliothèque coûte 8 700 $.
6. All SA Media News Clippings) offre l’accès au texte intégral des principaux journaux sud-africains publiés depuis 1977, comprenant 30 titres encore actifs et 100 qui ont cessé de paraître.
Les articles coûtent 10 $ pour 48 h ou 15 $ à l’achat, avec un embargo de trois à six semaines qui limite leur intérêt pour la veille. Il existe aussi des formules d’abonnement à certains sites.
- Les tests montrent que Factiva, Newsdesk et Nexis offrent une bonne, voire très bonne, couverture de la presse sud-africaine. On trouve néanmoins une dizaine de titres en exclusivité dans cette banque de données sud-africaine.
7. Sabinet Newswire est un site d’archives proposant environ 580 000 dépêches datées de 1999 à 2022. Les prix sont identiques à ceux de All SA Media cités précédemment.
Autres plateformes africaines majeures
1. AJOL (African Journals Online), créée en 1998, propose 905 publications scientifiques « peer reviewed », dont 428 en open access, contre 538 (260 open access ) en novembre 2021 (BASES nᵒ 397).
Cette base couvre de nombreux domaines et complète Sabinet African Journals, axée sur l’Afrique du Sud, alors qu’AJOL représente environ quarante pays, avec le Nigeria en tête et l’Afrique du Sud en deuxième position.
2. SciELO SOUTH AFRICA a été lancé en 2013. C’est un élément du réseau SciELO lancé au Brésil en 1997 et dont nous avons présenté la partie sud-américaine en août 2024 (BASES n° 427 ). Il a le même principe de fonctionnement, tous les articles référencés sont donc en libre accès. Il est hébergé par l’Academy of Science of South Africa.
Il offre plus de 115 revues sud-africaines couvrant de nombreux domaines, et peu de chevauchement avec Sabinet African Journals. Les SHS y sont bien représentées aux côtés d’autres disciplines variées.
3. L’Index Medicus Africain (IAM) (également publié en anglais [AIM] et portugais) donne accès à l’information biomédicale publiée en Afrique ou concernant ce continent. Produit par le bureau Afrique de l’OMS avec l’AIBSA , il offre plus de 21 000 articles issus de 320 revues et 4 700 thèses. L’outil propose une recherche avancée et un classement par sujets (maladies, pays, types d’études, etc.). Tous les articles sont téléchargeables gratuitement.
4. Les deux plateformes présentées ci-après sont portées par le CAMES (le Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur). Elles visent l’ accessibilité et la visibilité de la production scientifique africaine, en particulier francophone.
a) Le DICAMES est l’archive numérique du CAMES, regroupant plus de 10 300 documents libres d’accès issus de 14 pays africains et d’un pays appelé « Z », travaux d’universités non africaines, dont Université Catholique de Louvain, Université Strasbourg). La recherche est possible par pays ou université.
b) Le portail des revues africaines propose neuf publications accessibles sur inscription individuelle.
5. AfricArXiv est hébergé sur le UbuntuNet Alliance for Research and Education Network. C’est une archive ouverte comme son nom le laisse penser.
On y trouve 1 353 préprints, la référence à 99 projets et la partie du site français HAL concernant l’Afrique qui propose plus de 6 000 documents
6. AllAfrica.com est une plateforme panafricaine d’information et d’agrégation de contenu d’actualité opérée par AllAfrica Global Media. Une version en anglais et une autre en français sont proposées.
- AllAfrica, qui se décrit comme « une voix de, par et sur l’Afrique », diffuse 600 à 900 articles quotidiens issus de plus de 110 organisations médiatiques africaines, 500 institutions/individus et de ses propres journalistes.
- Les archives datent de 1996 et le site propose 7 millions de documents. La recherche gratuite couvre deux ans, tandis qu’un abonnement annuel (145 $ pour un particulier, 3 750 € pour une entreprise « globale ») offre un accès complet et une recherche avancée.
- Le contenu d’Allafrica.com est également disponible sur plusieurs agrégateurs de presse tels que ADAY (antériorités de 2001 pour le français et de 2003 pour l’anglais), Factiva (antériorités de 1998 pour l’anglais et de 2003 pour le français), et Nexis (antériorité de 2010 pour les deux langues).
- Si l’on veut la totalité des archives, il faut alors prendre un abonnement direct.
7. AFRICA PORTAL est une initiative du South African Institute of International Affairs (SAIIA) et du Centre for International Governance Innovation (CIGI) visant à améliorer l’accès aux recherches africaines. Le projet s’est arrêté en 2022 et aucun document plus récent n’est disponible.
8. Open Research Africa, hébergé sur la plateforme F1000, publie depuis 2022 des articles pluridisciplinaires dont au moins un auteur est basé en Afrique, mais ne compte que 188 documents, en libre accès.
Focus sur les repositories universitaires africains par pays
Les repositories universitaires africains offrent l’accès à des documents rarement disponibles ailleurs, mais la recherche peut y être plus longue que sur d’autres sites. Beaucoup de ces sources sont encore en développement et certains sites restent inaccessibles.
La liste suivante ne comprend que les repositories auxquels nous avons réellement réussi à nous connecter et disposant d’un nombre suffisant de documents, souvent numériques et en open access, avec une forte proportion de thèses. Ces sites sont classés par pays.
AFRIQUE DU SUD
- OPENUCT est le dépôt institutionnel en libre accès de l’Université du Cap (UCT). Il propose notamment des thèses et mémoires (5 800, toutes numérisées depuis 1930), des articles de revues (6 300), des chapitres d’ouvrages (75), des rapports techniques et de recherche.
- L’Université de Pretoria donne accès dans son repository à de nombreux articles (42 000 pour la plupart publiés par de grands éditeurs), thèses (24 000 de 2015 à 2025) Apparemment, tous les documents sont numérisés.
- La North West University propose un grand nombre de documents qui semblent là aussi tous numérisés.
- Le Southern Africa Labour and Development Research Unit (SALDRU) propose ses archives ouvertes à l’adresse https://opensaldru.uct.ac.za/discover
- L’Université de STELLENBOSCH propose 55 600 documents, dont 56 % de thèses à l’adresse https://scholar.sun.ac.za/browse/type?bbm.page=1
BURUNDI
Grenier du Savoir du Burundi :
Ce dépôt numérique centralise les productions scientifiques des universités burundaises (mémoires, thèses, articles, etc.), avec 2 000 documents, dont près de 90 % sont des mémoires et thèses.
ÉTHIOPIE
AAU Institutional Repository (AAU-ETD) :
L’Addis-Ababa University Institutional repository offre un accès libre à des thèses de master et doctorat, des préprints ainsi qu’à 14 collections thématiques.
GHANA
L'université du Ghana propose 26 691 documents, dont 8 192 thèses à l’adresse https://ugspace.ug.edu.gh/home
KENYA
- L’université de Nairobi offre près de 100 000 documents dont moitié de thèses et un tiers d’articles à l’adresse https://erepository.uonbi.ac.ke/
- La Kenyatta University Kenya offre 25 165 documents à l’adresse https://ir-library.ku.ac.ke/home
- Le Daystar University Repository propose environ 5 300 documents à l’adresse : https://repository.daystar.ac.ke/home
- Le repository de la Jomo Kenyatta University of Agriculture and Technology offre 5 241 documents dont 64 % de thèses à l’adresse http://ir.jkuat.ac.ke/
- La JARAMOGI OGING ODINGA University of Science and Technology offre dans son JOOUST Repository 18 851 documents dont 910 thèses à l’adresse https://ir.jooust.ac.ke/home
- La MOUNT KENYA UNIVERSITY propose dans son Repository 7 486 documents, dont un tiers de thèses. On les trouve à l’adresse https://erepository.mku.ac.ke/home
- Le SEKU Repository de la South Eastern Kenya University propose 5 930 documents, dont 475 thèses à l’adresse https://repository.seku.ac.ke/
- Le repository de la Maseno University propose 5 966 documents, dont 31 % de thèses à l’adresse https://repository.maseno.ac.ke/
MALAWI
L’University of Malawi (UNIMA) propose environ 1 700 documents, dont 800 thèses à l’adresse https://dspace.unima.ac.mw/home
NIGERIA
- La Covenant University propose 1 230 documents dont 884 thèses à l’adresse http://eprints.covenantuniversity.edu.ng/
- L’Université de Lagos propose 11 184 documents, dont 852 thèses à l’adresse https://ir.unilag.edu.ng/home
- L’Ahmadu Bello University à Zaria propose plus de 10 000 thèses à l’adresse https://kubanni.abu.edu.ng/home
SÉNÉGAL
L’université Cheikh Anta DIOP à Dakar propose 26 026 documents, essentiellement des thèses et mémoires.
TANZANIE
Le repository du Nelson Mandela African Institution of Science and Technology en Tanzanie propose 2 843 documents sur différentes thématiques à l’adresse https://dspace.nm-aist.ac.tz/home.
Instituts et bases de données thématiques
Voici deux exemples de sources africaines non liées à un pays spécifique. Il en existe sûrement d’autres.
- L’International Livestock Research Institute (ILRI) est un institut africain de recherche sur l’élevage, membre du CGIAR , un partenariat mondial dédié à la sécurité alimentaire, à la réduction de la pauvreté et à la gestion durable des ressources naturelles.
- L’ILRI possède deux centres africains, au Kenya et en Éthiopie. Son repository est disponible à https://hdl.handle.net/10568/1.
- La Banque africaine de développement offre des données macroéconomiques par pays, accessibles sur : https://dataportal.opendataforafrica.org/Macro_Data_Country.
Sources non africaines traitant de l’Afrique
- De nombreuses sources non africaines traitent de l’Afrique. La Banque mondiale offre une vaste collection d’ouvrages, d'articles et de rapports dans son open knowledge repository dédié à l’Afrique subsaharienne : https://openknowledge.worldbank.org/pages/focus-sub-saharan-africa.
- Une quarantaine d’universités non africaines ont des départements « African Studies » parfois très développés et constituent également une ressource clé. En voici une sélection :
En Europe :
- SOAS University of London (Royaume-Uni)
- African Studies Centre Leiden, Leiden University (Pays-Bas)
- Universität Bayreuth (Allemagne)
- Université Paris Cité / INALCO / CNRS (IMAF, CESSMA) (France).
- Universiteit Gent (Belgique)
- Nordic Africa Institute, Uppsala University (Suède)
Amérique du Nord :
- Yale University (États-Unis)
- Columbia University (États-Unis)
- UCLA (University of California, Los Angeles) (États-Unis)
- Howard University (États-Unis)
- University of Toronto (Canada)
- Carleton University (Canada)
Asie et Moyen-Orient :
- Tsinghua University (China-Africa Institute) (Chine)
- Tel Aviv University (Moshe Dayan Center) (Israël)
En conclusion, il existe un grand nombre de publications scientifiques africaines. Elles manquent cependant de visibilité, notamment en raison de leur faible présence sur les grandes plateformes de référencement comme Scopus ou Web of Science. Pour en obtenir une vision plus complète, nous devons explorer une diversité de sources locales et régionales. À l’inverse, les informations d’actualité sont, elles, beaucoup plus facilement accessibles et centralisées grâce aux agrégateurs de presse français et internationaux.
