Clear Skies et IEEE viennent d’annoncer le renforcement de leur coopération dans la détection d’articles scientifiques frauduleux. IEEE est un éditeur de premier plan : il publie près d’un tiers de la littérature scientifique mondiale dans les domaines de l’ingénierie électrique, de l’informatique et de l’électronique. Ce nouvel accord vise à intégrer directement le produit Oversight de Clear Skies dans le processus éditorial d’IEEE. D’une durée de trois ans, cet accord porte sur l’évaluation d’un volume pouvant atteindre un million d’articles.
Cette démarche de vérification s’avère de plus en plus nécessaire face au développement des paper mills - ces organisations qui maximisent leurs profits en produisant industriellement des articles de recherche de piètre qualité. Vendus à des chercheurs en mal de publications, ces articles permettent à ces chercheurs d’augmenter artificiellement leur notoriété académique. Les avancées récentes de l’IA n’ont fait qu’amplifier ce phénomène en facilitant la production de contenu à grande échelle.
Il convient toutefois de ne pas réduire le problème aux seuls paper mills : les fraudeurs individuels constituent une catégorie non négligeable et tout aussi préoccupante.
La réalité des articles frauduleux est documentée depuis longtemps. Retraction Watch, blog créé en 2010 et désormais intégré à Crossref, recense à ce jour plus de 64 000 articles rétractés, en indiquant à chaque fois le motif de la rétractation (plus de 110 motifs différents sont répertoriés), ainsi que le nom de la revue et ceux des auteurs. Cette base est alimentée par le suivi des rétractations dans différentes banques de données et par des signalements de divers spécialistes. Entre 1 000 et 1 500 articles sont ajoutés chaque mois.
Il faut néanmoins souligner que tous les articles rétractés ne sont pas le fruit d’une fraude ou d’une mauvaise conduite : lorsqu’une équipe ne parvient pas à reproduire ses propres résultats, il est tout à fait légitime qu’elle procède à une rétractation.
On estime généralement que 3 % de l’ensemble des articles publiés mériteraient d’être rétractés. Adam Day, fondateur de Clear Skies, cite cependant un taux dix fois inférieur, ce qui signifie que la détection d’articles suspects revient à chercher une aiguille dans une botte de foin, même si, en valeur absolue, le nombre d’articles suspects n’est pas négligeable.
PubPeer joue également un rôle d’alerte : les commentaires qui y sont publiés, parfois anonymement et plus ou moins étayés, concernent des articles scientifiques. Ils déclenchent souvent des investigations complémentaires pouvant aboutir à la preuve d'une fraude ou d'une mauvaise conduite.
LIRE AUSSI
Fraudes et plagiats dans la recherche scientifique, Bases N° 329 - sept 2015
Le danger des articles de recherche médicale frauduleux, Bases N° 436 - mai 2025
Les articles rétractés sont très peu signalés dans les archives ouvertes - Blog en accès libre
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